Taux immobiliers en France : où en est-on vraiment en 2026 ?
Ce qu'il faut retenir en 30 secondes
Les taux en juin 2026 (source Cafpi) :
- 15 ans : 3,20 % en moyenne — meilleurs dossiers autour de 3,01 %
- 20 ans : 3,37 % en moyenne — meilleurs dossiers autour de 3,15 %
- 25 ans : 3,48 % en moyenne — meilleurs dossiers autour de 3,25 %
Le contexte : hausse progressive depuis l’été 2025 — environ +20 points de base en un an. OAT 10 ans proche de 3,70 %, BCE susceptible de relever ses taux le 11 juin.
Ce que ça donne concrètement : pour 200 000 € empruntés sur 20 ans, la mensualité tourne autour de 1 206 €, soit environ 282 € de plus qu’en 2021 mais 61 € de moins qu’au pic d’octobre 2023.
“C’est le bon moment d’acheter, ou j’attends ?”
C’est la phrase que j’entends plusieurs fois par semaine depuis le début de l’année. Elle vient d’acheteurs qui ont suivi la remontée des taux depuis 2022, qui ont attendu pendant le pic de fin 2023, et qui cherchent maintenant à savoir si la fenêtre s’est rouverte, ou si elle va se refermer.
Honnêtement : les taux restent plus de deux fois plus élevés qu’en 2021. Mais ils ont aussi baissé de plus d’un point depuis le sommet. Et le marché des biens, lui, a corrigé en conséquence.
Sur la question du timing, j’aime répondre ainsi : si vous pouvez vous offrir le bien que vous voulez, les taux sont finalement secondaires.
- Les taux augmentent ? Vous avez bien fait de ne pas attendre pour acheter.
- Les taux stagnent ? Vous avez bien fait de ne pas attendre pour acheter.
- Les taux baissent ? Vous aurez la possibilité de faire renégocier ou racheter votre prêt.
En revanche, ce qui définit vraiment un bon dossier, c’est avant tout les revenus — plus ils sont élevés, plus vous avez de marge pour négocier votre taux. Le plafond légal est fixé à 35 % de vos revenus nets : avec 5 500 € nets à deux, la mensualité maximale est de 1 925 €, ce qui permet d’emprunter bien au-delà de 230 000 €.
Courtier immobilier & Conseiller en Gestion de Patrimoine indépendant
Matthieu Tournade
1. Les taux en juin 2026 : par durée et profil
Taux immobiliers en France — juin 2026
Source : Cafpi — juin 2026
L’écart entre un dossier moyen et un excellent dossier est réel : 0,19 à 0,23 point. Sur 200 000 € empruntés sur 20 ans, ça représente environ 25 € de mensualité, soit près de 6 000 € sur la durée totale du prêt.
Ce qui définit un bon dossier en 2026 :
- Apport ≥ 20 % de la valeur du bien (les banques récompensent l’apport plus qu’elles ne l’ont jamais fait)
- Taux d’endettement ≤ 35 % des revenus nets
- Stabilité de l’emploi : CDI confirmé, ou deux ans de bilans pour les indépendants
- Épargne résiduelle après apport (les banques veulent voir qu’il reste quelque chose ; c’est souvent là que les dossiers se départagent, beaucoup d’acheteurs ne le savent pas)
Un mot sur le PTZ : les primo-accédants éligibles ont un vrai avantage en ce moment. Le Prêt à Taux Zéro allège la mensualité, améliore le taux d’endettement, et les banques courtisent ces profils. C’est le type de dossier qui obtient les meilleures conditions sans forcer.
2. D’où on vient : la montagne russe 2020–2026
Taux moyen sur 20 ans — évolution 2020 à 2026
Source : Cafpi, Observatoire Crédit Logement / CSA, Meilleurtaux
Décembre 2021 : le plancher. 1,05 % sur 20 ans. C’était la folie ! Tout le monde était finançable, les biens parté en 15 jours et avec des prix affolant. Les acheteurs et le vendeurs ne savaient probablement pas que la remonté aller être brutale.
2022 : la remontée. La BCE a remonté ses taux directeurs pour casser l’inflation post-Covid. Au début, les barèmes des banques ont bougé doucement.
Octobre 2023 : le pic à 4,52 %. Le marché a quasiment gelé. Beaucoup d’acheteurs ont stoppé leurs projets. Les vendeurs qui refusaient de baisser leurs prix se retrouvaient sans acheteurs. J’ai vu des compromis tomber à cause de capacités d’emprunt devenues insuffisantes du jour au lendemain.
2024-2025 : la descente. La BCE a desserré progressivement. Les taux immobiliers ont suivi avec un décalage de quelques semaines, passant de 4,52 % à 3,25 % en avril 2026.
Depuis l’été 2025 : la hausse s’installe progressivement. Après avoir touché un creux à 3,17 % sur 20 ans au second trimestre 2025, les taux ont progressivement remonté. En juin 2026, ils atteignent 3,37 %, soit environ +0,2% en un an. Une hausse légère, loin des montées brutales de 2022, mais une tendance clairement haussière depuis maintenant neuf mois, portée par la remontée de l’OAT et un contexte géopolitique instable qui a relancé l’inflation en zone euro à 3,0 %.
3. Ce que ça change concrètement pour un achat dans le Var
Les taux, c’est abstrait. La mensualité, non.
Voici ce que donnent les taux actuels sur un achat type dans le secteur Le Luc / Lorgues / Vidauban — avec un apport de 20 % :
🏡 Simulation — Maison 250 000 € (apport 50 000 €)
Montant emprunté : 200 000 €
| Durée | Taux moyen | Mensualité | Coût total du crédit |
|---|---|---|---|
| 15 ans | 3,20 % | 1 399 € | ~51 800 € |
| 20 ans | 3,37 % | 1 206 € | ~89 600 € |
| 25 ans | 3,48 % | 998 € | ~99 400 € |
Hors assurance emprunteur (ajouter 0,20 à 0,40 % selon âge et profil).
À titre de comparaison :
- En décembre 2021 (taux 1,05 % sur 20 ans) : mensualité de 924 €, soit 282 € de moins par mois
- En octobre 2023 (taux 4,52 % sur 20 ans) : mensualité de 1 267 €, soit 61 € de plus par mois
Les prix ont corrigé. Entre fin 2023 et aujourd’hui, les valeurs immobilières dans le Var ont reculé de 5 à 12 % selon les secteurs et les types de biens. Ce recul a partiellement compensé la hausse des taux. Pour un acheteur qui n’a pas pu concrétiser en 2021, la situation reste dégradée, mais elle s’est stabilisée.
Sur le terrain, les acquéreurs avec un bon apport et un projet solide trouvent à nouveau des vendeurs prêts à négocier. Le rapport de force a changé depuis le pic. Les biens qui traînent depuis 6 mois (et il y en a) partent avec des décotes réelles.
Taux et estimation : un lien direct que beaucoup ignorent
Quand je réalise une estimation, je ne regarde pas que les transactions comparables. Je regarde aussi qui va acheter ce bien, et ce que cet acheteur peut réellement emprunter aux taux du moment.
Une maison de 380 000 € avec jardin sur Le Luc, c’est typiquement une cible de couple actif, la quarantaine, avec un apport constitué. Avec 5 500 € nets à deux, ce profil peut aller chercher environ 330 000 € aux taux actuels (5 500 € × 35 % = 1 925 €/mois de mensualité maximale sur 20 ans). Si le prix demandé implique d’emprunter plus de 350 000 €, le bassin d’acheteurs réels rétrécit, et la vente prend du retard.
Voilà pourquoi les taux entrent dans mes estimations. Ce n’est pas une question théorique : si le prix retenu n’est finançable que pour 10 % des acheteurs potentiels de ce bien, le vendeur va attendre longtemps.
4. Ma lecture du marché — et ce que je conseille
Je ne joue pas aux devinettes sur les taux. Personne ne sait avec certitude où ils seront dans six mois.
Attendre dans l’espoir d’un retour aux taux bas de 2021, c’est un pari risqué. Ces taux étaient une exception historique, liée à une politique monétaire post-crise qui ne se reproduira pas de sitôt. La fourchette 3-4 % ressemble bien plus à la normale de l’emprunt immobilier en France : c’était la réalité des années 2010-2015.
Une bonne décision d’achat, c’est rarement le taux seul. Un bien acheté au bon prix à 3,5 % vaut mieux qu’un bien surpayé à 1,5 %. Et un projet qui tient la route aujourd’hui tient aussi si les taux bougent de quelques points de base.
Ce que ça change dans mon accompagnement
Pour les vendeurs : je m’assure que le prix retenu est finançable pour le profil d’acheteur le plus probable sur ce bien. Un prix trop ambitieux ne ratera pas l’acheteur à cause du prix affiché : il le ratera parce que la banque lui dira non. C’est une subtilité que beaucoup de mandats ignorent, et qui explique des délais de vente inutilement longs.
Pour les acheteurs : je travaille avec les courtiers de mon réseau pour valider la capacité réelle avant de faire une offre. Pas la capacité théorique calculée en deux minutes sur un simulateur en ligne, mais ce qu’un banquier acceptera vraiment de prêter sur ce dossier-là, avec cet apport-là, dans les conditions du moment.
C’est pour ça que je regarde les barèmes avant d’ouvrir un mandat.
5. Ce qui pilote les taux : BCE et OAT, expliqués simplement
🔧 Pourquoi les taux immobiliers bougent — le mécanisme en clair
Les banques ne se financent pas directement auprès de la BCE. Elles empruntent sur les marchés obligataires, au taux de l’OAT 10 ans (Obligation de l’Etat français). En mai 2026, l’OAT 10 ans est à 3,6 %.
La BCE influence indirectement ce taux en fixant ses propres taux directeurs. Quand la BCE monte, l’OAT monte. Et quand l’OAT monte, les banques répercutent sur les barèmes de crédit immobilier.
Situation actuelle : la BCE a maintenu ses taux inchangés depuis juillet 2025 (taux de refinancement à 2,15 %). Mais les marchés anticipent une hausse dès juin 2026, ce qui crée une tension sur l’OAT et pousse les barèmes à la hausse.
Ce mécanisme explique pourquoi les taux immobiliers peuvent remonter avant même que la BCE ait agi : les marchés anticipent. Les banques, elles, se couvrent.
Ce qu’on anticipe pour le reste de 2026
La fourchette retenue par la plupart des courtiers pour l’année : 3,30 % à 3,50 % sur 20 ans. Les conditions économiques ne permettent pas un retour aux 2 % à court terme, et une rechute vers les 4,5 % supposerait un choc majeur.
⚠️ Si la BCE relève ses taux en juin, attendez-vous à une remontée des barèmes de +0,20 à +0,40 point d’ici septembre. Ce n’est pas catastrophique, mais ça compte.
Sources
- Pretto — Analyse taux immobilier mai 2026
- Meilleurtaux — Évolution taux directeur BCE
- Cafpi — Analyse taux crédit immobilier juin 2026
- Observatoire Crédit Logement / CSA
- Immobilier Danger — Historique des taux
- Raisin — Suivi taux directeurs BCE
Données mises à jour chaque mois. Prochaine mise à jour : juillet 2026.
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